Commémoration du 11 novembre par les élèves de 3e (2019-2020)

par E. Pavy

Cette année encore, les élèves de 3e ont rédigé des textes afin d’honorer la mémoire des combattants de la Grande Guerre. Certains de ces textes ont d’ailleurs été lus lors de la commémoration qui a eu lieu dimanche dernier. Nous remercions les élèves pour leur implication et vous souhaitons une bonne lecture des textes à chute qui suivent et de celui qui se trouve en pièce jointe.

 

Flammes

Gris, tout était gris, dans ce trou macabre. Tristes, étaient les visages de mes camarades.
Tous les jours, je sortais, et tous les jours, je voyais ce champ de bataille, qui était malmené et qui disparaissait sous l’amoncellement des cadavres.
Comme chaque matin, lorsque je levais la tête, je voyais une fumée nous envahir, les alentours se recouvraient d’un voile noir. Noir, c’était aussi la couleur de notre tranchée. Tout était monotone.
Mon plus proche ami, était Ryan. Nous étions inséparables. Il me disait : « Tu es toujours là, près de mon cœur. Tu m’aides à ne pas perdre la tête ».
Je m’accrochais à lui dans tous les moments difficiles.
Puis un jour, le grand assaut fut déclaré. Le jour que l’on redoutait le plus était arrivé.
Sous les tirs de fusils, de mitraillettes, les pluies de grenades et d’obus, le champ de bataille me faisait penser à l’usine : les flammes, l’acier, la dureté de la tache, les machines qui ne s’arrêtent jamais, l’odeur… Tout ce que je connaissais le mieux, je le retrouvais ici.
Comme d’habitude, Ryan et moi sortîmes ensemble de la tranchée, et là, ce fut l’horreur.
Je le sentis trembler, tous les muscles de son corps était tendus à l’extrême comme prêts à bondir au moindre impact. Il sursauta… La mort lui faisait peur. Quant à moi, je redoutais de le perdre. On voyait les corps tomber, un à un, tous en même temps, et d’un coup, je me retrouvai face contre terre.
Trois jours plus tard, on vint me chercher. Quelqu’un me prit dans ses mains terreuses et sanglantes. On me transporta, avec d’autres compagnons, biens précieux pour les familles des victimes, nous les médaillons des soldats morts pour la France…

Méline et Elsa (3A)

 

Souvenir de Guerre

Je me réveillais de nouveau après plusieurs mois enterré dans cette tranchée, plus sale que jamais. L’odeur nauséabonde de la mort flottait au-dessus de moi. Les trous d’obus. La boue. Les rats. Tout n’était que destruction et carnage.
Une pluie de balles s’abattait sur nous et je me demandais si le ciel bleu existait encore. Je me souvenais de la douce brise faisant tourbillonner le sable chaud. Le ciel était de couleur azur, comme l’eau des lagons. C’était une belle époque, au bord de la mer.
Mais aujourd’hui, en 1917, à l’océan de mes souvenir avait succédé une étendue de sang qui s’étalait à perte de vue. La guerre, La pluie, la boue me malmenaient et je me sentais grignoté par les rats.
Un bruit sourd nous fit soudain tous sursauter : l’ennemi attaquait. Je me sentis projeté au sol par une torpille qui aurait pu me coûter la vie. Je rampais au sol, dans la boue, entre les cadavres.
Voulant sauver ma peau je me recroquevillais souhaitant disparaître à jamais. Quelle boucherie ! Quelle abomination !
J’étais démuni. Cette guerre déchirait les âmes, brisait les cœurs et les vies. Je me défilai même devant un blessé ne supportant plus la vue de sang et de la chaire. Je ne serais plus jamais le même. En effet, je suis aujourd’hui « un souvenir de guerre », un pantalon de Poilus au mémorial de la Grande guerre à Meaux.

Elodie et Alice

 

De l’air !

Comme tous les matins, je me préparais à me faire secouer dans tous les sens le long des tranchées boueuses et sales, avec toujours cette odeur de pourriture et de cadavres autour de moi. J’entendais les balles qui sifflaient au-dessus de moi et les obus assourdissants.
Tout d’un coup j’entendis l’alarme : des gaz toxiques se répandaient. Je décidai donc de me cacher dans la boue et la poussière. C’est à ce moment-là que l’on me marcha dessus. On me prit par la main et on m’emmena sur le champ de bataille. Je respirais les gaz toxiques tout en évitant les balles et les obus. Je n’y voyais rien, me laissais guider. Mes camarades et moi nous combattions ensemble à travers le gaz puis ce dernier se dissipa. Nous retournâmes dans nos tranchées. Je retournai à terre et finis la nuit.
Le matin n’avait pas été de tout repos : l’ennemi était acharné, et nous avions échappé à la mort de peu. Soudain l’alarme retentit à nouveau, et me sortit de ce souvenir douloureux. Cependant, mon travail devait continuer : c’était comme ça tous les jours depuis des mois. Difficile de filtrer l’air pour que les soldats ne suffoquent pas.

Elea , Manon. L

 

Lettre de Poilu

Comme tous les matins, je fais mon travail : j’écris des lettres. Dans une tranchée dévastée par les assauts ennemis répétés. Une tranchée détruite par les obus et les grenades. Une tranchée contaminée par la mort. Mais dans les lettres que je rédige, je dois parfois cacher la vérité pour rassurer les familles…
Tout à coup, le signal retentit, c’est une alerte au gaz ! L’idée de mourir me pétrifie de peur. Soudain, un camarade me prend le bras et m’emmène à l’abri. Perdu dans mes pensées, je revis ma vie d’avant cette horreur : je travaillais dans une agence de poste, je répertoriais les colis sur une fiche, tout était calme. Dans un grand fracas, je reviens sur le champ de bataille.
Ce soir-là, je me sens particulièrement vide et épuisé. Les journées sont de plus en plus difficiles et fatiguantes. Je crois que je suis malade.
Quelques jours plus tard, je n’écris plus. Ma mine est crayon, la vie de crayon n’est pas si facile pendant la guerre.

Maxence , Axel , Guillaume

 

Retrouvailles

Le soleil venait de se lever. Celui de 1915 serait le dernier que je verrais dans cette petite maison. En effet, quelques jours avant, mon âme sœur était repartie vers cette guerre qui nous séparait depuis beaucoup trop longtemps. Mais bientôt, je le retrouverais.
Quelques semaines après, j’étais bel et bien au front, à aider les blessés à sortir de la boue. Je n’imaginais pas la guerre comme cela : voir la mort de si prés, tant d’hommes blessés, sentir cette odeur de sang, de moisissures qui me répugnait, mélangée à des cris d’horreur et de douleur, m’était insupportable. Mais ils avaient besoin de moi.
Tout à coup, un obus explosa près de moi. Je crus bien que j’allais y passer. Quand je me réveillai, j’étais couverte de boue et de sang. Un sentiment de dégoût m’envahit. Je me sentais sale, vieille et cassée. Quand je me levai, je me mis à boiter : je sus alors que je ne serai plus très utile.
Au milieu de tous ces cris , je reconnus une voix qui appelait a l’aide. Je fis tout mon possible pour aller la rejoindre. Je le vis, enfin : il était tout aussi mal au point que moi, l’amour de ma vie.
Je me souvins de cette journée au lac, où nous courions côte à côte, heureux, naïfs, innocents. Mais aujourd’hui, nous étions enfin réunis, inséparables, tous deux cassés . On formait une sacrée paire de bottes !

Manon A, Ambre et Chloé

 

Un camarade grand et puissant

Au quotidien, je vivais dans ces tranchées insalubres, désordonnées, boueuses avec ces corps de soldats qui s’empilaient à perte de vue et se décomposaient, recouverts de puces. Les tranchées étaient devenues notre nouveau lieu de vie, on y vivait, dormait, mangeait. Les tranchées étaient un réseau souterrain par où nous recevions des vivres comme de la nourriture, des couvertures ou encore des munitions. Je me souviens des années précédentes où je vivais et dormais encore au chaud, ou je pouvais manger à ma faim.
Un an plus tard, après que la guerre avait commencé, je me lassais de me réveiller chaque matin pour tirer les canons. J’avais la peau abîmée de blessures et recouverte de terre. Les ennemis nous avaient laissé des grenades, nous avions rétorqué par un assaut ; tous les soldats tiraient. Moi j’étais à côté du canon, assourdi par ces détonations. Le fait de recevoir une balle à tout moment m’apeurait.
Faire la guerre était épouvantable ; des milliers de personnes mouraient chaque jour. De nombreuses familles perdaient leurs maris, leurs fils. Le manque était douloureux, décourageant nous n’avions qu’un seul souhait ; rentrer chez nous près de nos familles. Nous ne dormions que très peu, j’étais l’un des combattants les plus sollicités. Un jour pourtant ma carrière prit fin ; je me cabrais sous l’effet d’une balle et hennis de douleur…

Candice, Indy et Inès

 

L’ÉCLAIREUR

C’était une nuit de décembre de l’année 1916, La journée avait été froide, la tranchée était humide, sale, poussiéreuse et le terre s’affaissait. Cela faisait déjà plusieurs jours que je me trouvais en première ligne, couvert de boue, mal en point à certains endroits, personne ne pouvait me soigner. Mes compagnons m’adoraient, j’étais le plus fort de tous, autant que mes prédécesseurs.
Cette nuit-là, alors que cela faisait six jours que je n’avais pas combattu,je partis en tant qu’éclaireur français chez les Allemands. Ce trajet fut long. A mon arrivée, tout le monde mourut : ils n’étaient pas préparés à cette explosion de ma part. Je pensais qu’ils résisteraient à mon attaque, car j’étais très peu discret, je faisait beaucoup de bruit.
Durant mon voyage dans le no man’s land, les chauves-souri me tenaient compagnie. J’appréciais ce moment mais je redoutais avec appréhension mon arrivée chez les Allemands. Tout autour de moi, se trouvaient des cadavres en décomposition, des flaques de sang. Une odeur nauséabonde s’en dégageait, mais j’eus à peine le temps de les sentir car mon passage à cet endroit fut très rapide. Je vis également leur équipement laissé à l’abandon, non loin de leur corps. Le lendemain, le même obus que moi explosa à nouveau chez les Allemands…

Laura et Manon

 

Auprès des blessés

Comme chaque matin, je ne m’étais pas beaucoup reposée car j’avais dû faire l’inventaire des médicaments et j’apportais du réconfort aux soldats atteints de blessures avec mon teint . Quand je m’éteignais pour une pause, on me réveillait en approchant une allumettes qui en une étincelle me ravivait. D’un coup un soldat blessé qui entrait dans la tente me rappela les blessures d’un soldat venu ici deux semaines plus tôt. Des infirmières s’occupèrent de lui, et me dirent qu’il fallait lui réchauffer le cœur pour qu’il oublie sa blessure. La dernière bataille avait fait de nombreux blessés et je les voyais défiler de plus en plus.
En une fraction de seconde, un soldat m’emporta avec lui : quand je sorties de la tente, je vis le champ de bataille, les cadavres et les cratères d’obus. Il m’emmena dans les tranchées, me mit près d’un cadavre, se mit à tirer sur les tranchées ennemies.
Je le vis mourir, les soldats ennemis me piétinèrent, je me fendis et m’éteignis comme tous les autres lampes dans cette guerre.

Mattéo et Maxime