Confinée, dans la cour…

par Michel Suquet

Depuis quelques semaines,
Nombre d’élèves ne viennent plus me chuchoter leurs peines
Et leurs joies.
La cour est bien vide
Et n’est plus que silence de toutes leurs cavalcades.
Me voilà toute seule,
Moi, Bélisama la très brillante.

Mais je sens que partout le printemps se lève.
Le bois de la Garenne me fait signe !
Et quelques moineaux sont venus me réconforter
De leurs gazouillis, au milieu de tout ce silence,
Pour me le dire.
Ah ! que j’aimerais que l’on mette plus de verdure dans cette cour
Pour vous accueillir dignement !
Que faites-vous, Oh ! Jardiniers mes amis ?
Sortez vos bêches et vos râteaux…
Mais peut-être ne comprenez-vous plus ma langue…
Ou seriez-vous trop occupés par vos jardins ?

Alors, rivée que je suis,
Mes amis les forgerons ayant fait ce qu’il fallait jadis,
À ce socle genre "bains-douches",
Je me suis mise à rêver…
Et j’aurai bien aimé que l’on me crée une adresse électronique
Pour que je puisse recevoir à mon tour des courriels.
Je l’avoue, je trouve cela très existant
Et j’ai hâte que des poètes m’écrivent quelques odes
Pour que je sois leur muse.
Oui, enfin !

Saurez-vous me sortir de mes contemplations ?
Moi qui me croyait éternellement vouée à demeurer l’intermédiaire entre la terre et les étoiles,
Plantée là,
Au milieu de nulle part,
Mes cheveux flottant inutilement aux vents du Nord
Dans une cour désertée.

Me voilà toute transie à l’idée d’attendre vos premières paroles électroniques,
J’en suis toute bouleversée.
Et je sens monter en moi un feu,
Un feu intense.
Celui de la passion.
Bélinos va en être jaloux, par Toutatis !
Ah ! Comme cela m’amuse…
Enfin !

Je suis prête.

Moi, Bélisama la très brillante, je vous attends.