Les 3es rendent hommage aux Poilus

(actualisé le ) par Apolline Périot, Étienne Bergery, E. Pavy, Estelle Cirotteau, Laetitia Muller

"Il est grand temps d’allumer les étoiles" écrivait Guillaume Apollinaire, mort le 9 novembre 1918.

Nos élèves ont fréquenté "les effroyables jardins" des écrivains de la Grande Guerre, des lettres de Poilus. Ils ont aussi visité Verdun, réalisé des panneaux d’exposition.

Ils s’en sont inspirés pour écrire des textes sur des objets emblématiques de cette période ou des haïkus sur les grandes souffrances et les grandes expériences des soldats. Les voici.

Merci à eux pour leur investissement à l’occasion de la commémoration du centenaire, le 10 novembre 2018 à Briis-sous-Forges.

 

L’appareil photo

Un instant figé à jamais,
Le visage glacé des hommes épuisés et sans vie,
La poussière flotte dans l’air
Tel le sifflement assourdissant des obus qui m’ont cabossé.
Je ne vois plus rien, je n’entends plus, je ne respire pas.

Ma vie n’est faite que de couleurs monochromes.
Je capture les visages transis de peur des braves soldats,
Les cadavres gisants au sol, comme de vulgaires gibiers,
Et la terre marmitée qui se déchiquètent au contact des obus.

Le temps ne semble plus s’écouler.
Les mêmes actions sont répétées continuellement
Dans un cercle vicieux dont on ne peut s’échapper.

Mais que suis-je dans cette guerre éternelle ?
Un œil qui ne fait qu’observer,
Qui attend immobile de voir à nouveau ?
Je suis un kodak.

Léa M.

 

Les tranchées

Voilà bien 300 jours qu’ils me marchent dessus
Entre les baïonnettes les morts et les obus
Moi, tranchée de la Somme ou de Verdun
Qu’ils soient témoins victimes ou assassins

Officiers ou simples soldats de ligne
Ils se battent tous contre les Germains
Moi, tranchée du Chemin des Dames ou de Champagne
Pour quelques kilomètres de terrain

Allemandes, Françaises, Russes ou Anglaises
De terre, de boue, de pierres ou de corps
Moi, tranchée de la Somme ou de Verdun
Qu’ils soient témoins victimes ou assassins.

Bettina C. et Clémence C.

 

L’uniforme

Toi mon bleu qui représente ma Patrie
Tissé par une femme à l’arrière
Après ce long conflit
Je ne te reconnais plus guère
Toi mon bleu, ma Patrie,
Quand j’arrive sur le champ de bataille
Je sauve mes entrailles
Grâce à toi je sais qui est mon ennemi
Toi mon bleu, mon ami,
Qui a été témoin de cette folie,
Avec toi je défends mon pays ,
Sans toi, je tombe dans l’oubli

Iséane S. et Jules M.

 

Je suis une plume sergent major

J’écris l’histoire et des messages sur le papier.
J’ai passé la guerre dans les tranchées,
à donner espoir aux condamnés.
Guidée par la main d’un écrivain,
ou bien celle d’un combattant de Verdun,
écrivant pour rassurer les siens.
J’ai écrit des lettres sans savoir si elles allaient arriver.
Censurées, jetées, ou même égarées.
J’ai vu les hommes s’entretuer
pour quelques mètres à gagner,
ceux-là même qui disaient aimer.
Ils tuent leurs ennemis ne pensant pas à leurs familles,
à qui eux aussi écrivent que tout va bien
et qu’ils reviendront demain.
Je me souviens quand ils ont réalisé
que cela n’allait pas s’arrêter,
qu’ils ont vu tous leurs camarades s’effondrer.
La peur s’est ancrée dans leurs yeux
et tous leurs espoirs ont pris feu.
Mais ils se sont relevés malgré les difficultés
et ils ont continué à se battre pour ceux qu’ils aimaient.
Certains se sont mis à écrire la vérité
sur leurs peurs, leurs douleurs, d’autres ont continué
de dire que tout allait bien, qu’il ne fallait pas s’inquiéter,
et qu’ils finiraient par rentrer.
Pourtant ils avaient froid, ils avaient faim, ils avaient soif, ils étaient fatigués.
Ils étaient surtout terrorisés à l’idée de ne jamais rentrer.
Ils se sont battus jusqu’à leur dernier souffle. Ils ont gagné cette guerre
chacun à leur manière.
Quand tout s’est terminé, comment ne pas penser
à ceux qui étaient tombés, ceux qui avaient permis de gagner.
Alors ils m’ont fait graver leur courage dans le pays tout entier
afin de ne jamais les oublier.

Olympe R., William J. 3C

 

Les bottes

Nous sommes les bottes, compagnons de toujours et escortant le soldat dans ses multiples combats. Dans la boue, sur le front et dans les tranchées, aussi terrorisées que lui, nous souffrons autant que lui. Nous nous détériorons au fil des jours, comme sa vie… plus d’espoir, jamais déchaussées, cuir nécrosé, déchiqueté, coutures déchirées, et toujours songeant à notre sort, couvertes de boue, de sang, de tristesse… s’enrôler pour mourir, pour périr, pour être oubliées de tous.

En allant à l’arrière pour quelques jours de repos, les soldats nous décrottent, lourdes et rigides, parfois échangées avec celles d’un cadavre, pensant à ceux qui sont morts pour la patrie. Enfin notre cuir se détend.
En repartant nous battre après quelques jours à peine, nous croisons les troupes arrivant de la première ligne, pétrifiées, amenuisées, mais toujours rythmées par ce son cadencées, imitant les battements du cœur sur d’interminables kilomètres. Chaque pas déforme toujours plus nos pauvres semelles qui souffrent le martyre.

C’est grâce à nous que les hommes arrivent à éviter les obus, les tirs ainsi que toutes ces abominations. Sans nous, ils seraient déjà morts, gisants au fond d’un trou. Leur sort ne dépend que de nous. Nous les accompagnons jusqu’à la mort.

Lana D. et Tyfène B.

 

À Verdun

À Verdun, le son aigu des balles résonne
Une pluie diluvienne d’obus s’abat sur la tranchée
Comme un sifflement d’hirondelle qui chantonne
À Verdun, le bruit règne dans les boyaux enterrés.

Dans cet enfer, de très belles amitiés naissent
Instituteur, gendarme, ou bien boulanger
Échangent autour du feu, des souvenirs de jeunesse
Et ces hommes, ces poilus, pour la France sont tombés.

De nos jours, que reste-t-il de cette bataille ?
Des monuments, des trous, des tombes et des croix
Pour moi c’est mon grand-père et sa médaille
Des sacrifiés pour la paix, c’est ce que je crois.

Raphaël D., 3e

 

Toi, fusil de guerre, meurtrier dans les tranchées
D’un souffle tu sépares les familles du monde
Par tes salves tu piétines l’humanité.
Tes cris sont féroces dans le ciel qui gronde.

L’arbre dont la sève et le bois t’ont donné la vie
Te regarde dans les yeux, son cœur plein de mépris.
Le fer par lequel tu ôtes la vie
Aurait préféré être objet d’orfèvrerie.

Comme une injure à nos vies et à notre histoire
Chacun se doit aujourd’hui de garder la mémoire.
Tel l’arbre qui voulait être une feuille de ce poème
Les hommes devraient pour toujours bannir la haine.

Mathilde L., 3eA

 

Te souviens-tu ?

Te souviens-tu de cet obus qu’on entendit s’abattre
Dans la tranchée où nous étions blottis
De l’odeur du chlore pour mes poumons si âcre
Qui tue son homme comme par magie

Te souviens-tu cette course folle pour respirer
Enfiler nos masques dans la casemate
En piétinant nos camarades déjà morts asphyxiés
Ô Bertholite pour te survivre l’on se hâte

Te souviens-tu de Louis, Pierre et Emile
Nos chers amis tombés comme des étuis
Nous les avons enterrés, c’était notre famille
Pour eux, j’ai prié toute une nuit

Te souviens-tu quand elle s’est arrêtée
La guerre est une horreur et nous le savons
Jamais des mots ne suffiront à la raconter
Une partie de nous est morte sur le front

Mathys D., 3eB

 

Échos poétiques à la grande guerre
par delà les frontières géographiques et temporelles
Hommage en haïkus à une génération sacrifiée - 3D

Main sur le coeur
Pluie d’obus
Dernières lueurs !

Hommes contre machines
Faux dans les tranchées
Que de destinées à briser !

Benjamin et Gabriel

 

Jardin désœuvré
Que de fleurs fanées
C’est un cimetière !

Pluie ardente et argentée
Tombe sur la terre,
Océan rougeâtre.

Nour et Kénia

 

Hier, garçon insouciant
Aujourd’hui, soldat inconscient
Demain, âme envolée !

Isis, Kathleen, Clément et Grégoire

 

Pluie d’obus
S’abat en rafale sur les tranchées :
Le sang est versé !

Matthieu

 

Plaine bouleversée
Nature à l’agonie
Le deuil est à l’arrivée

Le combat est long
Le bonheur est éphémère
Que de sacrifices humains !

Juliette et Shélia

 

Un éclair au coeur de la nuit
L’obscurité est enfin éclairée
Non, c’est l’acier porteur de mort

Pierre et Timothée

 

Joueurs de cartes à la terrasse d’un café
Sans visage, sans yeux, sans rire
Leur âme y est restée.

Andréa, Mathéo et Louis

 

Imminence du conflit
Crainte de la mort
Adieu mes frères !

Julien et Marylou

 

Dans le chaos
Sifflements d’obus
C’est le cri strident de la mort

Bastien et Imanol

 

Ombres déchues
Que la mort accompagne
Que de séquelles la guerre a laissées !

Clara et Eden

 

Pluie de cris
Tonnerre d’obus
Silence de mort…

Des visages terrifiés
Des coeurs angoissés
Ah ! La guerre...

Coralie, Eva et Katell

 

Boule de haine
Qui brise le ciel
fait resplendir les tombes !

Martin

 

Obus du matin au soir
Fracasse le paysage désolé
Des milliers de vies envolées

Baptiste

 

Haiku sur la paix

Plaines inanimées, forêts dévastées
Au loin, le ciel sourit
La colombe peut enfin voler !

 

Voir en ligne : Article du Parisien