Actualités 3° : rencontre avec Mme Roger.

par Étienne Bergery

Durant le mois de janvier, les élèves de 3ème ont eu l’occasion de rencontrer, madame Roger, qui est venue témoigner... Résistante, déportée, rescapée des camps, elle est venue dire, raconter l’horreur qu’elle a vécue.

1940, l’armée hitlérienne entre dans Paris, c’est donc le début des arrestations. Le père de madame Roger a été arrêté tout de suite, et sa mère peu de temps après. Prévenue par la concierge, la jeune femme se sauve. Alors, avec 12 autres personnes de son âge (16ans et plus), ils décident d’écrire sur les murs pour fêter le 14 juillet, même si cela est interdit. Un premier acte de Résistance. L’organisation se développe. Deux des leurs ont chanté la Marseillaise, ils seront fusillés. Les actes de résistance ne sont pas nécessairement armés… D’ailleurs, les débuts du mouvement se manifestent davantage par la publication de journaux clandestins, qu’on passe dans une salade, ou la diffusion d’informations.
Obligés de quitter la ville à cause de la police qui les recherche, madame Roger et des amis résistants, partent en Province, dans l’est de la France. Mais ils sont arrêtés par la milice française puis livrés à la Gestapo. Interrogée, la jeune femme a été frappée, car elle ne voulait pas parler. Ensuite, Elle est restée trois mois à la prison de Nancy, avec des camarades, menottés dans un sous-sol. Dès leur arrivée, elle a reçu des vêtements rayés, un foulard blanc et des chaussures en bois. Puis ils ont été déportés dans un camp de concentration de Ravensbruck. Ils étaient jusqu’à 45000 dans ce camp ! Ils y sont restés deux ans et 8 mois.
La journée, la jeune femme était dans une usine On travaillait de 6 heures à 18 heures. La tâche était harassante. On ne mangeait pas beaucoup, les forces manquaient. Les nazis comptaient tout le temps les prisonniers. Cela participait à l’humiliation et à l’épuisement.
Cependant, malgré cela, Mme Roger et ses co-détenus sabotaient le matériel allemand sur lequel elles travaillaient. En dépit de la détention, ça n’en restait pas moins encore un acte de Résistance.
Mme Roger a été jetée sur la route avec 16 femmes du camp, pendant les bombardements avant l’arrivée des Soviétiques. Profitant des bombardements trois d’entre elles ont réussi à se cacher dans un fossé et à s’échapper. Bien sûr, la jeune femme et ses camarades étaient à l’Est de l’Europe, amaigries, épuisées, sans endroit où aller. Des Russes les ont secourues et installées dans une maison dans un village abandonné. Après 22 jours, elles sont revenues en France, à Paris.
Le décalage a été total entre l’horreur qu’a vécue la jeune femme et la ville qu’elle retrouve. Une ville libérée depuis presque un an qui ne veut plus penser à la guerre. Elle est accueillie à l’hôtel Lutétia… par les mêmes uniformes qui l’avaient arrêtée. Elle y passe une nuit… par terre, parce qu’elle ne sait plus dormir sur un matelas… Il n’y a pas de joie, ne de tristesse… juste de la survie.
Et puis, le lendemain, elle n’a plus qu’une seule envie : rentrer chez elle… sans savoir ce qu’elle y retrouvera. La marche est longue dans Paris, avec son colis de la Croix Rouge, démesurément lourd pour son corps presque mort. Ce colis reste inscrit dans la mémoire de la vieille dame. Par ailleurs, aucun souvenir de ce qu’il y avait dedans.
Mme Roger retrouve ses parents et son frère, ce qui est presque un miracle. La jeune femme a 19 ans et pèse 34 kilos. Le retour à la vie est difficile, fait de silences… silence de ceux qui sont revenus des camps, silence des autres, qui ne veulent plus entendre parler de toutes ces horreurs, ces monstruosités qu’ils ne parviennent pas à concevoir, d’ailleurs. Il lui faudra presque une vingtaine d’années pour pouvoir parler. Et c’est avec émotion qu’on entend la vieille femme prononcer un numéro : 22335. Comme si, elle venait de l’apprendre, comme si elle l’avait devant les yeux. Pendant 2 ans et demi, cette femme n’a été qu’un numéro. Malgré son témoignage, comment concevoir les images monstrueuses, horribles qui habitent encore son esprit ?

Laura, Céline et Alexia 3D

Révoltée ! J’ai été choquée d’entendre toutes les horreurs que madame Roger nous a racontées, mais aussi surprise… On a beau en savoir beaucoup sur la seconde guerre mondiale, par les cours d’histoire notamment, le témoignage d’une personne qui les a vécues est toujours plus émouvant, surprenant et plus riche en informations. Je ne m’imaginais pas à quel point elle a dû avoir du courage en entrant dans la Résistance. Aujourd’hui je me rends mieux compte de tous les risques qu’elle encourait (les camps de concentration, la mort…). Mais surtout j’ai été impressionnée par son calme : alors que moi, son récit me révolte encore, elle racontait tout cela sans aucune haine dans la voix..

Léna 3D